

Papouche c’est le grand-père qui a commencé une licence de japonais pendant sa retraite, qui est monté dans le Concorde, qui a breveté quelque chose dont je ne saurais pas parler…
C’est aussi le grand-père Dumbledore dans sa tour à la ferme qui avait toujours une anecdote quand on montait faire des photocopies; c’est lui qui emmenait tous ses petits enfants faire les courses de rentrée d’école à Métro, c’est celui qui s’assoit en bout de table, qui aime le pain trop grillé et même brûlé.
C’est celui qui demande le nombre de rondelles de saucisson que l’on veut, qui met la même veste vert kaki depuis 40 ans et qui la prête quand on a froid, c’est aussi celui qui peut rester des heures au téléphone avec Pierre-Marie à refaire le monde et papoter et s’échanger des réponses aux mots-croisés de La croix.
C’est celui qui a tant voyagé, qui a fait la guerre d’Algérie et y emmené son épouse (et Maman apparût, ou presque!).
C’est l’encyclopédie de la famille, le pilier. C’est « les bouffe-petons », les « Charlie à longues pattes » les « têtes en os », les bœufs nonchalants, les « Bon, Monique, on va peut-être rejoindre nos pénates ? », les montages vidéos qui figent les souvenirs. C’est la seule personne qui écoute un disque entier de musiques japonaises et qui en connaît les titres, c’est le grand père qui regarde les films de guerre, qui connaît chacun de nos métiers et les comprend ou encore celui qui appelle son aspirateur robot « Casimir ». C’est aussi la ponctualité, et c’est peu dire… Papouche est ponctuel : pléonasme !
Papouche c’est le genre de grand père qui a dans son bureau un dossier pour chacun de ses petits enfants avec les photocopies des diplômes bac, permis, Japd, et j’en passe. La seule personne qui photocopie encore tout (avec mes collègues de la fonction publique quand même…).
Papouche c’est tout ça et bien d’autres choses.
Je l’ai mis au courant avant vous de l’existence de ce blog et j’en ai profité pour lui demander de m’évoquer un souvenir, une image qui lui venait en tête pour chacun de vous. Voici sa réponse:
« On raconte qu’un jour trois frères décidèrent de parcourir le monde. Mais sans dromadaire comment faire ? Utiliser les vents du globe leur sembla une bonne solution. Aussi s’embarquèrent ils vers le grand large. Mais la mer quoique virtuelle est cruelle. Le premier s’échoua sur la cote africaine. Là, en souvenir d’un empereur romain qu’il avait rencontré au bord de la mer Noire, il organisa (sans qu’il y ait un rapport quelconque) des safaris. Un griot raconte qu’un jour, il emmena ses grands parents dans un vieux véhicule de l’armée russe déguster des champignons dans la jungle. Le deuxième alla un peu plus loin et s’arrêta involontairement sur une plage australienne. Hazard heureux il n’aperçut pas trop loin une maison qui lui parut familière. Il décida d’y aller. Ainsi, guitare en bandoulière, il s’engagea dans un marécage boueux. A son arrivée son état était tel que la maitresse de maison l’autorisa en entrer…pieds nus et une dame du bois voisin mit plusieurs jours à effacer ses traces. Le troisième, revivant sans doute sur son ordinateur la bataille d’Austerlitz, laissa son bateau décider de la route. C’est ainsi que partant du nord de l’Atlantique il se retrouva sur la banquise de L’Antarctique. Là entouré des manchots, il put tranquillement jouer sur son ordinateur : son grand père ne pouvait venir lui dire toutes les cinq minutes qu’il était l’heure de dormir.
Un de leur ami, un Grand d’Espagne, propriétaire de quatre dromadaires, les ramena au logis, l’un du Sahara, l’autre du bush australien. Quant au troisiéme, nul ne sait comment il put quitter les glaces du pole Sud. Il travaille maintenant sur un projet d’ordinateur quantique !
Beaucoup diront que cette histoire est invraisemblable, mais certains pensent que, créatrice de souvenirs heureux, elle peut devenir une légende »



